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Rencontre avec Yvan Pommaux

vendredi 9 mai 2008

En mai, Yvan Pommaux était de passage à La Rochelle et il est venu à l’IUFM pour nous parler de son œuvre ...

Yvan Pommaux et son dernier album Véro en mai

Véro en mai est un album qui est né d’une volonté commune avec l’éditeur car l’année 1968 est importante en ce qu’elle marque aussi le développement de la littérature de jeunesse. Ce nouvel album a de nombreux points communs avec Avant la télé où l’’histoire se passe dans les années 50. Le principe était de raconter une période vue par un enfant, avec de grands accents autobiographiques.

C’est un peu dans le même esprit que Véro en mai a été écrit. Mais il fut difficile à l’auteur d’inventer ce vécu d’où le travail avec Pascale Bouchié. Cette dernière avait déjà travaillé avec Yvan Pommaux, notamment dans Théo Toutou où elle faisait les scénarios.

Pour écrire Véro en mai, il a fallu faire un grand travail documentaire. Mais ce qui est particulièrement intéressant, c’est qu’une bonne partie des documents de l’album viennent de la famille de Pascale Bouchié dont, notamment, le dessin de l’intérieur de la maison de ses grands-parents.

Yvan Pommaux, ses lecteurs, ses illustrations :

L’auteur de John Chatterton détective ne se demande pas si ses albums auront ou non du succès. Tout ce qu’il veut, c’est raconter des histoires pour la jeunesse qui surprendront les lecteurs. Ainsi, il dessine à la fois pour l’enfant qu’il était et pour ceux d’aujourd’hui même si, admet-il, il est difficile de comprendre ce qui intéresse actuellement ses jeunes lecteurs. Quoi qu’il en soit, il veut écrire des livres que les enfants peuvent lire seuls. Il ne cherche aucunement à faire des clins d’œil aux parents mais s’efforce d’améliorer sans cesse la qualité de ses illustrations.

En effet, Yvan Pommaux a d’abord été dessinateur et depuis de longues années sa femme colorie chacun de ses dessins. Il note d’ailleurs une grande différence entre les premiers Marion Duval et les derniers. Il remarque ainsi, non sans humour, qu’il a fait des progrès ! Ce grand intérêt pour l’illustration ne l’empêche pas, bien au contraire, de s’intéresser de très près au beau langage. C’est même ce qui l‘a poussé à adapter en bande dessinée La double inconstance de Marivaux.

Lorsque l’on interroge Yvan Pommaux sur ce qui est premier dans sa création entre le dessin et l’écriture, il répond que le dessin a souvent un temps d’avance. L’on peut d’ailleurs remarquer que certaines de ses images n’ont pas de texte : elles racontent une histoire en elles-mêmes, elles expriment le temps qui passe, ce qui pour l’auteur est beaucoup plus intéressant que d’écrire par exemple « trois jours après ». C’est aussi une façon de raconter les contes par l’image. Car en effet, une immense part de l’histoire est transférée dans les illustrations ce qui permet à l’enfant de lire seul et de choisir son rythme.

Enfin, pour lui, la succession des images, c’est un moment de silence, une respiration.

Yvan Pommaux et le choix de ses personnages :

Une question revient souvent dans la bouche des lecteurs d’Yvan Pommaux. C’est celle des personnages, de leur choix, de ce mélange insolite entre animaux et humains que nous trouvons par exemple dans la trilogie des John Chatterton.

Il est difficile pour l’auteur d’expliquer son choix ! Si les animaux et les humains sont mélangés, c’est d’abord parce que l’auteur a voulu se confronter aux contes de fées, modèle suprême et inégalable qui rend jaloux tout écrivain pour la jeunesse ! Pour lui, il n’est pas possible de rivaliser avec les contes de fées, ils sont ce qu’il y a de mieux !

Pour en revenir aux personnages, Yvan Pommaux constate que dans les contes, les animaux se transforment en humains. Cela peut parfois être très décevant notamment lorsque c’est porté à l’écran... Et l’auteur de raconter sa déception lorsque, enfant, il regarda La belle et la bête, chef d’œuvre filmé par Jean Cocteau. Cette bête sublime, d’abord effrayante puis attendrissante se transforme … en un Jean Marais en tutu et aux cheveux permanentés ! C’est sans doute pour éviter cela que dans les albums d’Yvan Pommaux les animaux ne se transforment pas en êtres humains ! Et c’est aussi, peut-être, une manière de dire que l’humain ne peut pas toujours cacher la part d’animalité qu’il a en lui.

Comment réécrire les contes de fées ? Le pastiche ne lui paraît pas adapté à la réécriture de ces textes universels et sublimes. Grand cinéphile, Yvan Pommaux a eu l’idée de transformer les contes en polar car dans les grands films américains des années 50 il y a aussi des princesses comme Laureen Bacall, Ava Gardner ; il y a aussi des rois, du sang, des coins sombres,... C’est toute cette ambiance que nous retrouvons dans la série des John chatterton. Et l’illustration y est pour beaucoup.

Toujours à propos de ses personnages, Yvan Pommaux justifie le choix d’un chat comme un clin d’œil au chat botté. Mais un chat botté à qui l’on a enlevé ses bottes ! S’il a ainsi perdu ses pouvoirs magiques, le chat d’Yvan Pommaux n’en est pas moins un formidable détective !

C’est encore en tant que cinéphile qu’Yvan Pommaux a adapté en bande dessinée une grande légende du Moyen Âge qu’il baptise pour sa part Angelot du lac (aux éditions Fayard).

L’auteur explique que pour créer à une telle œuvre il faut à la fois faire une recherche documentaire et savoir s’en détacher. Mais bien plus que des documents, Yvan Pommaux s’est inspiré du cinéma et plus précisément du Macbeth filmé par Orson Welles.

En somme, on le voit, les œuvres d’Yvan Pommaux sont marquées par de nombreuses influences qu’il a su dépasser pour créer son propre univers. Un univers qui évolue au fil du temps et qui ne cesse jamais de surprendre ses lecteurs, petits et grands.

Merci M. Pommaux … et à bientôt !