Bac de français 2026 - Pour les élèves

Exercices pour maîtriser l’analyse littéraire du Misanthrope acte I, scène 1

Publié le : 09-02-2026 par : Valérie PEREZ

Entraîne-toi à répondre aux questions ci-dessous, puis compare ce que tu as écrit avec les réponses qui se trouvent tout en bas de cette page.

Les professeurs de français peuvent utiliser ce support pour un travail en demi-groupe. Chaque élève reçoit une question détaillée et y répond oralement pour s’entrainer à l’épreuve orale du bac. On suit l’ordre des questions, lesquelles suivent l’ordre du texte.

1 L’entrée in medias res

Citation :
« Qu’est-ce donc ? Qu’avez-vous ? » / « Laissez-moi, je vous prie. »

Compréhension :
Que constate-t-on dès les premières répliques sur l’état d’esprit d’Alceste ?

Analyse :
En quoi cette entrée brutale dans le dialogue correspond-elle à une scène d’exposition « in medias res » et crée-t-elle d’emblée un effet théâtral ?

2 Refus du dialogue

Citation :
« Laissez-moi là, vous dis-je, et courez vous cacher. »

Compréhension :
Que demande Alceste à Philinte ? Et pourquoi ?

Analyse :
En quoi ce refus du dialogue est-il révélateur du caractère d’Alceste et déjà comique par excès ?

3 Le droit à la colère

Citation :
« Moi, je veux me fâcher, et ne veux point entendre. »

Compréhension :
Quelle attitude Alceste revendique-t-il ?

Analyse :
Pourquoi peut-on dire que Molière met en scène une conception extrême de la sincérité ?

4 Rupture amicale

Citation :
« Moi, votre ami ? Rayez cela de vos papiers. »

Compréhension :
Quelle décision Alceste prend-il concernant son amitié avec Philinte ?

Analyse :
Expliquez en quoi la métaphore administrative rend la rupture à la fois comique et excessive.

5 Condamnation morale

Citation :
« Et ne veux nulle place en des cœurs corrompus. »

Compréhension :
Que reproche Alceste à Philinte ?

Analyse :
Comment cette formulation transforme-t-elle un désaccord social en jugement moral absolu ?

6 La scène rapportée

Citation :
« Je vous vois accabler un homme de caresses… »

Compréhension :
Quel comportement de Philinte Alceste décrit-il ?

Analyse :
Pourquoi peut-on dire que cette scène racontée joue un rôle essentiel dans la scène d’exposition ?

7 Accumulation et hyperbole

Citation :
« caresses, tendresses, protestations, offres, et serments »

Compréhension :
Quels types de gestes ou de paroles Philinte multiplie-t-il ?

Analyse :
Expliquez comment l’accumulation crée un effet comique et souligne l’artificialité des relations mondaines.

8 L’oubli immédiat

Citation :
« À peine pouvez-vous dire comme il se nomme. »

Compréhension :
Que révèle cette remarque sur la sincérité de Philinte ?

Analyse :
En quoi ce détail renforce-t-il la critique du mensonge social ?

9 Jugement radical

Citation :
« C’est une chose indigne, lâche, infâme. »

Compréhension :
Quels adjectifs Alceste emploie-t-il pour qualifier l’attitude de Philinte ?

Analyse :
Comment cette gradation lexicale traduit-elle l’excès moral d’Alceste ?

10 Hyperbole tragique

Citation :
« Je m’irais, de regret, pendre tout à l’instant. »

Compréhension :
Quelle réaction extrême Alceste imagine-t-il pour lui-même ?

Analyse :
Expliquez en quoi cette hyperbole produit un comique de contraste entre gravité des mots et banalité de la situation.

11 La réponse ironique de Philinte

Citation :
« Je ne vois pas, pour moi, que le cas soit pendable. »

Compréhension :
Comment Philinte réagit-il à la condamnation d’Alceste ?

Analyse :
Montrez comment l’ironie de Philinte vise à désamorcer la violence morale d’Alceste.

12 La question pragmatique

Citation :
« Mais, sérieusement, que voulez-vous qu’on fasse ? »

Compréhension :
Que Philinte cherche-t-il à obtenir par cette question ?

Analyse :
En quoi cette question ramène-t-elle le débat du plan moral au plan concret de la vie sociale ?

13 L’idéal de sincérité

Citation :
« Je veux qu’on soit sincère, et qu’en homme d’honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur. »

Compréhension :
Quel idéal Alceste formule-t-il ?

Analyse :
Pourquoi cet idéal peut-il être perçu comme noble mais socialement impraticable ?

14 La civilité mondaine

Citation :
« Il faut bien le payer de la même monnaie. »

Compréhension :
Comment Philinte justifie-t-il le mensonge social ?

Analyse :
Expliquez la métaphore économique et ce qu’elle révèle de la conception sociale de la parole.

15 Le regard critique de Molière

Citation :
« Ces affables donneurs d’embrassades frivoles,
Ces obligeants diseurs d’inutiles paroles. »

Compréhension :
Qui Alceste vise-t-il à travers cette critique ?

Analyse :
Montrez comment Molière transforme la critique du mensonge social en comique de caractère, sans donner totalement raison à Alceste.

Correction :

1 L’entrée in medias res

Citation :
« Qu’est-ce donc ? Qu’avez-vous ? » / « Laissez-moi, je vous prie. »

Compréhension :
Que constate-t-on dès les premières répliques sur l’état d’esprit d’Alceste ?

Réponse attendue :
Dès les premières répliques, Alceste apparaît dans un état de tension émotionnelle et de refus du lien social. Il ne répond pas aux questions de Philinte, élude toute explication et exprime un désir de retrait (« Laissez-moi »), ce qui signale immédiatement un trouble intérieur. Son état d’esprit est celui d’un personnage irrité, fermé au dialogue, déjà en position de conflit. Le spectateur comprend qu’il est animé par une colère ou une indignation préalable à la scène, sans en connaître encore les causes.

Analyse :
En quoi cette entrée brutale dans le dialogue correspond-elle à une scène d’exposition « in medias res » et crée-t-elle d’emblée un effet théâtral ?

Réponse attendue :
La scène d’exposition ne commence pas par une présentation des personnages ou de la situation, mais par un échange déjà engagé : le spectateur est plongé immédiatement dans un conflit en cours. Cette entrée in medias res crée un effet de vivacité dramatique et de tension immédiate : le théâtre n’explique pas, il montre. L’absence d’informations initiales suscite la curiosité du spectateur, qui est amené à reconstituer progressivement les enjeux du différend. Ce procédé dramatique confère à la scène une dimension très théâtrale : l’action commence par une rupture de communication, ce qui met d’emblée en place le conflit de valeurs entre Alceste et Philinte.

2 Refus du dialogue

Citation :
« Laissez-moi là, vous dis-je, et courez vous cacher. »

Compréhension :
Que demande Alceste à Philinte ? Et pourquoi ?

Réponse attendue :
Alceste demande explicitement à Philinte de s’éloigner et même de se dissimuler (« courez vous cacher »). Cette injonction traduit son désir de ne plus être confronté à la présence de son ami, qu’il associe à un monde social qu’il rejette. Il ne supporte plus la conduite mondaine de Philinte et refuse toute discussion qui pourrait relativiser son indignation. Le rejet est à la fois relationnel (refus de l’ami) et symbolique (refus du monde que Philinte représente).

Analyse :
En quoi ce refus du dialogue est-il révélateur du caractère d’Alceste et déjà comique par excès ?

Réponse attendue :
Le refus du dialogue révèle le caractère intransigeant et « atrabilaire » d’Alceste : au lieu de débattre, il rompt immédiatement la communication. Cette posture est excessive, car elle transforme un désaccord social en rupture relationnelle brutale. Le comique naît précisément de cet excès : Alceste dramatise une situation ordinaire (les conventions sociales) et adopte une posture de rupture radicale. Le spectateur perçoit déjà le décalage entre la gravité de sa réaction et la banalité du fait reproché.

3 Le droit à la colère

Citation :
« Moi, je veux me fâcher, et ne veux point entendre. »

Compréhension :
Quelle attitude Alceste revendique-t-il ?

Réponse attendue :
Alceste revendique le droit à la colère comme posture morale légitime. Il affirme vouloir se fâcher et refuser toute explication ou tentative d’apaisement. Il érige ainsi l’émotion négative (la colère) en principe de conduite, comme si la colère était la seule réaction authentique possible face au mensonge social. Cette posture est une revendication de la spontanéité affective contre toute forme de modération ou de diplomatie.

Analyse :
Pourquoi peut-on dire que Molière met en scène une conception extrême de la sincérité ?

Réponse attendue :
La sincérité, chez Alceste, n’est pas seulement une valeur morale : elle devient un absolu exclusif. Refuser d’« entendre » signifie refuser toute médiation, toute nuance, toute complexité du réel social. Ne pas oublier qu’entendre signifie également « comprendre ». Molière met ainsi en scène une conception radicale de la sincérité, qui confond authenticité et brutalité, vérité et violence verbale. Cette conception est problématisée par le comique : le spectateur est invité à reconnaître la noblesse de l’idéal tout en percevant son caractère excessif, rigide et potentiellement destructeur du lien social. Ce caractère excessif correspond à « l’esthétique du ridicule », selon l’expression de Patrick Andrey, dans son livre du même nom. Le théâtre de Molière divertit et instruit en mettant sur le théâtre les ridicules des hommes (misanthropie, avance, hypocondrie, etc.).

4 Rupture amicale

Citation :
« Moi, votre ami ? Rayez cela de vos papiers. »

Compréhension :
Quelle décision Alceste prend-il concernant son amitié avec Philinte ?

Réponse attendue :
Alceste décide de rompre symboliquement son amitié avec Philinte. Il nie le lien amical et demande qu’on l’efface comme une mention administrative. Cette décision traduit une volonté de rupture nette, sans négociation. L’amitié est traitée comme un contrat qu’on peut résilier unilatéralement.

Analyse :
Expliquez en quoi la métaphore administrative rend la rupture à la fois comique et excessive.

Réponse attendue :
La métaphore administrative (« Rayez cela de vos papiers ») transpose une relation affective dans le registre bureaucratique. Ce décalage produit un effet comique : l’amitié, relation vivante et complexe, est réduite à une inscription formelle qu’on pourrait raturer. L’excès réside dans cette rationalisation froide d’un lien affectif : Alceste absolutise son indignation au point de vouloir supprimer symboliquement l’ami de son existence sociale, ce qui apparaît disproportionné et théâtralement efficace.

5 Condamnation morale

Citation :
« Et ne veux nulle place en des cœurs corrompus. »

Compréhension :
Que reproche Alceste à Philinte ?

Réponse attendue :
Alceste reproche à Philinte de participer à une sociabilité qu’il juge hypocrite et moralement dégradée. En parlant de « cœurs corrompus », il accuse son ami de complaisance envers un monde qu’il considère comme moralement perverti. Philinte est ainsi assimilé à ceux qui pratiquent les politesses mensongères.

Analyse :
Comment cette formulation transforme-t-elle un désaccord social en jugement moral absolu ?

Réponse attendue :
La formule moralise radicalement le conflit : ce qui relève d’un désaccord de comportement (faut-il être poli même sans sincérité ?) devient un jugement de valeur total sur l’âme (« cœurs corrompus »). Alceste essentialise l’attitude de Philinte : il ne critique plus un acte, mais condamne une nature morale. Ce glissement du social au moral absolu explique la violence du conflit et prépare le comique de caractère, fondé sur l’exagération du jugement.

6 La scène rapportée

Citation :
« Je vous vois accabler un homme de caresses… »

Compréhension :
Quel comportement de Philinte Alceste décrit-il ?

Réponse attendue :
Alceste décrit un comportement de politesse excessive : Philinte multiplie les marques d’affection envers un homme qu’il connaît à peine. Il s’agit d’un comportement mondain typique : compliments, gestes chaleureux, promesses de service, sans implication affective réelle. Alceste y voit une forme de duplicité sociale.

Analyse :
Pourquoi peut-on dire que cette scène racontée joue un rôle essentiel dans la scène d’exposition ?

Réponse attendue :
Cette scène rapportée fournit aux spectateurs l’élément déclencheur du conflit. Elle permet de comprendre concrètement ce qui oppose Alceste et Philinte : deux conceptions de la sociabilité. Sur le plan dramatique, elle remplace une action scénique par un récit, ce qui est typique du théâtre classique, et elle donne au spectateur un exemple précis de la conduite mondaine critiquée. Elle structure donc l’exposition en donnant à voir, par le discours, la matière du désaccord.

7 Accumulation et hyperbole

Citation :
« caresses, tendresses, protestations, offres, et serments »

Compréhension :
Quels types de gestes ou de paroles Philinte multiplie-t-il ?

Réponse attendue :
Philinte multiplie des gestes d’affection et des paroles d’engagement : marques corporelles (« caresses », « tendresses ») et engagements verbaux (« protestations », « offres », « serments »). Il s’agit de signes extérieurs d’amitié et de dévouement.

Analyse :
Expliquez comment l’accumulation crée un effet comique et souligne l’artificialité des relations mondaines.

Réponse attendue :
L’accumulation produit un effet d’exagération : la liste donne l’impression d’une profusion mécanique de gestes et de paroles. Cette surabondance rend visible l’artificialité des relations mondaines, fondées sur des formules toutes faites. Le comique naît de la saturation : trop de signes d’amitié tue la sincérité. Molière montre ainsi que la politesse excessive devient une caricature de l’affect véritable.
Et c’est en réalité tous les mondains de cour qui s’en trouvent ainsi caricaturés !

8 L’oubli immédiat

Citation :
« À peine pouvez-vous dire comme il se nomme. »

Compréhension :
Que révèle cette remarque sur la sincérité de Philinte ?

Réponse attendue :
Cette remarque révèle l’inconsistance du lien : Philinte manifeste de grandes marques d’amitié envers un homme dont il ne connaît même pas le nom. La disproportion entre l’intensité des signes d’affection et la faiblesse de la relation réelle met en cause la sincérité de ces gestes.

Analyse :
En quoi ce détail renforce-t-il la critique du mensonge social ?

Réponse attendue :
Le détail concret (l’oubli du nom) fonctionne comme une preuve empirique du mensonge social. Il rend visible l’écart entre discours et réalité. Le spectateur comprend que la politesse mondaine repose sur une fiction relationnelle : on fait « comme si » l’autre comptait, alors même qu’il est oublié. Ce décalage nourrit à la fois la critique morale et le comique de situation.

9 Jugement radical

Citation :
« C’est une chose indigne, lâche, infâme. »

Compréhension :
Quels adjectifs Alceste emploie-t-il pour qualifier l’attitude de Philinte ?

Réponse attendue :

Alceste emploie trois adjectifs de condamnation morale : « indigne », « lâche », « infâme ». Ils relèvent tous du lexique de la dégradation morale et de l’opprobre (honte, déshonneur).

Analyse :
Comment cette gradation lexicale traduit-elle l’excès moral d’Alceste ?

Réponse attendue :
La gradation (« indigne » → « lâche » → « infâme ») intensifie la condamnation. Chaque terme est plus fort que le précédent, ce qui traduit l’emballement moral d’Alceste. Cette montée en puissance lexicale donne à la critique une dimension quasi tragique, alors qu’elle porte sur un comportement social banal, en particulier à l’époque de Molière, chez les courtisans. Le comique naît du décalage entre l’intensité morale du jugement (lisez La Bruyère et La Rochefoucauld !) et la trivialité de la situation.

10 Hyperbole tragique

Citation :
« Je m’irais, de regret, pendre tout à l’instant. »

Compréhension :
Quelle réaction extrême Alceste imagine-t-il pour lui-même ?

Réponse attendue :
Alceste imagine qu’il pourrait se donner la mort de honte s’il se comportait comme Philinte. Il évoque une réaction tragique face à une faute morale qu’il juge insupportable.

Analyse :
Expliquez en quoi cette hyperbole produit un comique de contraste entre gravité des mots et banalité de la situation (très utile pour comprendre et analyser ce qui fait de cette pièce une comédie).

Réponse attendue :
L’hyperbole tragique « se pendre tout à l’instant » est disproportionnée par rapport à la situation réelle (des politesses mondaines). Ce contraste crée un comique de mots : Alceste emploie le registre tragique pour qualifier une scène sociale ordinaire. Molière joue sur l’excès de pathos pour transformer l’indignation morale de son personnage en comique de caractère : le spectateur rit de la démesure du personnage. La démesure est un concept très important que nous avons vu en cours. La démesure (hubris) désigne, dans la pensée grecque, l’excès par lequel un être humain outrepasse sa condition, se croit tout-puissant ou absolutise une valeur au point de perdre le sens de la mesure (métron).
Elle se manifeste par l’orgueil, la rigidité, l’emportement ou l’absolutisation d’un principe (vérité, honneur, justice), et conduit à une forme d’aveuglement souvent suivie d’une chute ou d’un châtiment.
Dans Le Misanthrope, l’hubris d’Alceste tient à sa sincérité absolutisée : ce n’est pas la valeur en elle-même qui est fautive, mais son excès, qui rompt l’équilibre entre exigence morale et vie sociale.

11 La réponse ironique de Philinte

Citation :
« Je ne vois pas, pour moi, que le cas soit pendable. »

Compréhension :
Comment Philinte réagit-il à la condamnation d’Alceste ?

Réponse attendue :
Philinte réagit par l’ironie et la modération. Il relativise la gravité du reproche et refuse l’emballement moral d’Alceste. Sa réponse vise à ramener la discussion à une échelle raisonnable. Et aussi, l’on peut dire qu’il représente l’opinion du spectateur de l’époque, l’honnête homme poli et mesuré. Les spectateurs de l’époque devaient se dire : mais comme il exagère cet Alceste ! Qu’il est bourru !

Analyse :
Montrez comment l’ironie de Philinte vise à désamorcer la violence morale d’Alceste.

Réponse attendue :
En reprenant le lexique de la pendaison de manière ironique, Philinte retourne l’exagération d’Alceste contre lui. Il met en évidence le caractère excessif de la condamnation en la ramenant à son absurdité. Cette ironie joue un rôle de contrepoids dramatique : elle empêche la scène de basculer dans le tragique et réinstalle le registre comique, fondé sur la mise, sur la scène théâtrale, de l’opposition de deux tempéraments, qui sont aussi deux manières de voir la vie en société et les comportements qui vont avec.

12 La question pragmatique

Citation :
« Mais, sérieusement, que voulez-vous qu’on fasse ? »

Compréhension :
Que Philinte cherche-t-il à obtenir par cette question ?

Réponse attendue :
Philinte cherche une solution praticable. Il invite Alceste à formuler une conduite concrète à tenir dans la vie sociale. Il déplace le débat du plan des principes abstraits vers celui des comportements effectifs.

Analyse :
En quoi cette question ramène-t-elle le débat du plan moral au plan concret de la vie sociale ?

Réponse attendue :
La question introduit une dimension pragmatique : il ne s’agit plus de juger moralement, mais de déterminer comment agir au quotidien dans une société de relations, de courtisans, de mondains. Philinte met en évidence l’écart entre l’idéal moral d’Alceste et les contraintes de la vie sociale. Ce déplacement révèle le caractère irréaliste de la position d’Alceste dans une société de Cour.

13 L’idéal de sincérité

Citation :
« Je veux qu’on soit sincère, et qu’en homme d’honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur. »

Compréhension :
Quel idéal Alceste formule-t-il ?

Réponse attendue :
Alceste formule un idéal de sincérité absolue : toute parole devrait être l’expression directe du cœur. Il associe la sincérité à l’honneur, ce qui confère à cet idéal une dimension éthique noble et exigeante.

Analyse :
Pourquoi cet idéal peut-il être perçu comme noble mais socialement impraticable ?

Réponse attendue :
L’idéal est noble car il valorise l’authenticité, la cohérence entre parole et intériorité. Toutefois, il est socialement impraticable, car la vie collective repose sur des formes de politesse, de « diplomatie » pourrait-on dire, et parfois de dissimulation…par la force des choses. Une sincérité absolue risquerait de produire des conflits permanents et de détruire les équilibres relationnels. Molière met ainsi en tension l’exigence morale (la sienne en fait) et la réalité sociale, qui condamne de manière véhémente.

14 La civilité mondaine

Citation :
« Il faut bien le payer de la même monnaie. » (orthographe de l’époque : « monnoie », pour la rime !)

Compréhension :
Comment Philinte justifie-t-il le mensonge social ?

Réponse attendue :
Philinte justifie le mensonge social comme une règle de réciprocité : puisqu’on reçoit des politesses, il faut en rendre. Il considère ces échanges comme un code social nécessaire au bon fonctionnement des relations humaines.

Analyse :
Expliquez la métaphore économique et ce qu’elle révèle de la conception sociale de la parole.

Réponse attendue :
La métaphore économique (« payer de la même monnaie ») assimile la parole à une monnaie d’échange. La parole n’est plus l’expression du cœur, mais un instrument de régulation sociale. Cette conception révèle une vision pragmatique des relations humaines : la civilité est un système d’échanges symboliques qui permet la coexistence pacifique, même au prix d’une part d’insincérité.

15 Le regard critique de Molière

Citation :
« Ces affables donneurs d’embrassades frivoles,
Ces obligeants diseurs d’inutiles paroles. »

Compréhension :
Qui Alceste vise-t-il à travers cette critique ?

Réponse attendue :
Alceste vise l’ensemble de la société mondaine, les courtisans, les habitués des salons, qui pratiquent une politesse de façade. Il généralise son reproche : Philinte devient le représentant d’un type social. Ce qui permet à la comédie moliéresque d’être particulièrement efficace !

Analyse :
Montrez comment Molière transforme la critique du mensonge social en comique de caractère, sans donner totalement raison à Alceste.

Réponse attendue :
Molière fait d’Alceste un personnage de caractère, défini par son excès (souvenez-vous, démesure, hubris) de rigidité morale. Si la critique du mensonge social est fondée (la politesse mondaine est souvent artificielle, fausse, hypocrite), elle est ici portée par un personnage excessif, emporté, incapable de compromis. Le comique naît de cette tension : le spectateur reconnaît une part de vérité dans la dénonciation d’Alceste, mais il perçoit aussi que son absolutisme le rend inadapté au monde social. Molière ne tranche pas : il met en scène un débat éthique, rendu comique par l’exagération des tempéraments.

Illustration : Molière interprétant César dans La Mort de Pompée de Corneille.
Portrait attribué à Nicolas Mignard (1658)