La Boétie texte 1, vocabulaire
J’ai conçu cette séance de vocabulaire comme une préparation à la lecture : d’abord comprendre les mots, puis commencer à percevoir les réseaux de sens, sachant que les élèves auront déjà travaillé sur le résumé 1, donc ils connaissent déjà bien la thématique du texte. Les mots que nous allons étudiés ont donc déjà un contexte.
Mon idée est que cela facilitera ensuite nettement l’entrée dans de texte original de La Boétie. Toutes mes activités pédagogiques iront dans ce sens : commencer par un travail en amont du texte étudié, mais avec lui, par des chemins détournés. L’un de mes objectifs est de créer un cadre sécurisant pour mes élèves, pour entrer dans les textes et leur analyse.
C’est une séance que je vais faire en demi groupe. Depuis l’année dernière, en demi groupe, je dispose les tables en grande table de travail collective, de telle sorte que les élèves et moi soyons tous assis autour. Je trouve que cela crée une ambiance agréable et propice aux échanges. Cela facilite aussi la mise en œuvre d’activités pédagogiques inhabituelles.
Je précise également que mon but, dans ce genre de séance, est de donner le goût des mots aux élèves. On va donc essayer de jouer avec eux, afin qu’ils se les approprient et finissent par aimer développer leur vocabulaire. La formatrice que j’ai été pendant des années ajoute que si on a un vocabulaire restreint, on pense au raz des pâquerettes !! L’enjeu du développement du vocabulaire est énorme pour la formation du citoyen, le développement de l’esprit critique, etc.
Les mots et expressions à préparer
Je dis chaque mot au fur et à mesure. On discute du sens avant que je leur donne la bonne définition.
Chaque mot sera écrit au tableau au fur et à mesure par un élève, mais uniquement après que nous aurons dit la définition.
Ensuite, un peu comme un jeu, je dis la définition et ils doivent retrouver le mot.
Ramper : dans le texte de La Boétie : se soumettre complètement à quelqu’un, de manière humiliante. À comparer avec le fait de progresser, lentement, le ventre au sol, en s’aidant de ses membres, comme le fait, l’enfant, avant de marcher, ; à comparer aussi avec les reptiles et les vers qui rampent. Mais également les plantes. Le sens de la Boétie est donc un sens figuré et péjoratif.
Tyranniser : traiter quelqu’un de manière injuste et brutale en abusant de son pouvoir. Préciser que ce verbe vient du nom tyran, qui chez les Grecs, désigne celui qui s’emparait du pouvoir par la force. Le mot désigne aujourd’hui la personne qui, ayant le pouvoir suprême, l’exerce de manière absolue, oppressive. On peut citer les synonymes de despote et de dictateur.
Une rapine : un vol commis avec violence ou en profitant de sa puissance. Le dictionnaire Robert souligne que l’usage de ce mot est un usage littéraire. C’est intéressant de le préciser aux élèves ! Il signifie vol, pillage. Le dictionnaire mentionne l’expression « vivre de rapines ».
Un brigandage : un vol ou une attaque commis avec violence. Du point de vue du sens, ce mot est à relier aux précédent. On parle de brigandage quand les vols ou les pillages sont commis par des malfaiteurs généralement en bande.
Une horde : un groupe nombreux présenté comme violent, désordonné et menaçant. Ça c’est le sens dans le texte de La Boétie. Le dictionnaire Robert donne deux significations : tribu errante, nomade et également un deuxième sens : troupe ou groupe de personnes indisciplinées. On trouve aujourd’hui cette signification dans l’expression « des hordes de touristes". Ce sera intéressant de le préciser aux élèves.
Un barbare : dans la langue ancienne, une personne considérée comme non civilisée et souvent présentée comme brutale. Il sera intéressant de leur préciser que le mot vient de ce que les Grecs percevaient quand ils entendaient parler des étrangers, et que le barbare désignent à la base, celui qui ne parle pas grec.
Le mot barbare aura tendance à désigner, soit celui qui n’est pas si civilisé, ou encore quelqu’un qui choque, qui est contraire aux règles, au goût, à l’usage, qui est grossier. Mais en tant qu’adjectif le mot désigne aussi ce qui est cruel et sauvage, comme dans l’expression : un crime barbare (dictionnaire Robert).
Vil : moralement méprisable, indigne. Le dictionnaire Robert précise que c’est un mot qui aujourd’hui est d’un usage littéraire. Il vient du latin vilis qui signifie « bon marché ». Cet adjectif forme la racine du verbe avilir et de vilipender (dénoncer comme ville et méprisable).
Cet adjectif signifie : qui inspire le mépris, qui est sans dignité, sans courage ou sans loyauté. Les synonymes sont : indigne, lâche, méprisable. On le retrouve dans des expressions comme vil flatteur, action vile.
Efféminé : dans la langue ancienne, considéré comme manquant de force ou de courage parce qu’associé à des caractéristiques jugées féminines. Le terme est aujourd’hui péjoratif et repose sur des stéréotypes.
Fouler : marcher sur quelque chose, poser le pied dessus.
Inhabile : qui n’est pas capable de faire quelque chose correctement + insister sur le préfixe.
Une femmelette : terme ancien et méprisant désignant une personne considérée comme faible ou sans courage. Faire remarquer le suffixe diminutif.
Couard : lâche, qui manque de courage. Le dictionnaire Robert stipule que cet adjectif est d’un emploi littéraire. La définition est : qui est lâchement peureux. Les synonymes : lâche, poltron. Ce mot existe également, en tant que non : un couard, une couarde. + La couardise : le manque de courage, la lâcheté.
Un joug : au sens propre, pièce de bois placée sur la tête des bœufs pour les atteler et faire travailler ; au sens figuré, domination à laquelle on est soumis. Le joug désigne une contrainte matérielle ou morale. On retrouve ce mot dans l’expression « mettre sous le joug » qui signifie asservir.
Céder : renoncer à résister, accepter de se soumettre.
Faute de cœur : ici, par manque de courage.
Opprimer : faire subir à quelqu’un une domination injuste et l’empêcher d’être libre.
S’en prendre à quelqu’un : l’attaquer ou agir contre lui.
Le mépris : sentiment qui consiste à considérer quelqu’un comme indigne de respect ou d’estime.
Le dédain : mépris accompagné d’une attitude de supériorité.
Assaillir : attaquer avec violence.
Sans ménagement : sans précaution ni douceur, sans chercher à épargner quelqu’un.
Un serf : au Moyen Âge, paysan qui dépend d’un seigneur et qui n’est pas libre.
Une borne : ici, une limite.
La vaillance : le courage, particulièrement face au danger.
Une forteresse : lieu fortement protégé, construit pour résister aux attaques.
Un vice : ici, un défaut moral grave, un comportement considéré comme mauvais. (À comparer avec « un vice de fabrication » => imperfection).
Désavouer : refuser d’approuver ou de reconnaître quelque chose.
Hercule : héros de la mythologie grecque célèbre pour sa force exceptionnelle.
Samson : personnage de la Bible célèbre pour sa force extraordinaire.
Un Mirmidon : ici, un homme insignifiant, sans importance ni grandeur. La définition du dictionnaire, Robert est : petit homme chétif, insignifiant. Ce mot est opposé à colosse, géant, Hercule.
Flairer la poudre des batailles : expression imagée qui signifie avoir réellement connu la guerre et les combats.
2. Activité en binôme — Classer les mots par thématiques
Donner uniquement ces mots :
ramper – tyranniser – rapine – couard – joug – céder – opprimer – mépris – assaillir – serf – vaillance – vice – brigandage – dédain – lâcheté
Consigne : classez-les en quatre familles. Les élèves doivent eux-mêmes trouver un principe de classement.
On pourra ensuite faire émerger quatre réseaux très utiles pour la lecture :
3. Activité — Le mot intrus (en binôme sur le cahier ou à l’oral)
Demander de trouver l’intrus et surtout de justifier.
A. couardise – lâcheté – vaillance – peur
→ vaillance
B. opprimer – tyranniser – dominer – libérer
→ libérer
C. joug – servitude – liberté – soumission
→ liberté
D. mépris – dédain – admiration – dévalorisation
→ admiration
E. serf – esclave – homme soumis – maître
→ maître
La justification oblige à manipuler réellement le sens.
4. Activité — Construire des échelles de sens
- > Prépare à la violence croissante du vocabulaire de La Boétie dans le texte étudié.
Classer du moins fort au plus fort :
désaccord → mépris → haine
obéir → céder → se soumettre → ramper
commander → dominer → opprimer → tyranniser
hésitation → peur → lâcheté → couardise
Puis demander :
Quelle différence faites-vous entre obéir et ramper ?
Entre gouverner et tyranniser ?
Entre commander et opprimer ?
On commence ici à préparer les oppositions lexicales que La Boétie construit dans son texte.